Les voyages dans la lune est une compilation de romans qui ont en commun les voyages vers et sur la lune. Mêlant à la fois le picaresque, l’utopique, la satire, la parodie, le divertissement, l’initiatique et annonçant parfois la science-fiction, « Les voyages dans la lune » nous entraîne dans un voyage dans l’espace (de la terre à la lune) comme dans le temps. La lune a été le sujet des plus grands fantasmes et des plus grandes aspirations depuis la nuit des temps. Y accéder fut un rêve fou enfin réalisé il y a maintenant quarante cinq ans, la même année que la naissance de l’Internet. Dans quelques siècles, 1969 sera considéré comme l’une des dates charnière de l’histoire de l’humanité.

Qu’est-ce que la lune ?

Etre dans la lune…La lune, c’est la nuit, le retour, la lumière et le rêve. La mesure du temps se fit pendant des millénaires grâce à la lune. Une grande partie de l’humanité utilise toujours le croissant de lune comme l’un des symboles les plus visibles de leurs civilisations. La lune en arrive ainsi souvent à symboliser les méandres et la complexité de l’âme et de la condition humaines. C’est le jeu de lumière qui compte. La face éclairée est rassurante, touchante (« au clair de la lune »), poétique ; sa face cachée, c’est le mystère, l’inconnu, l’abîme profond dans lequel tombe parfois l’âme humaine. La lune, pour paraphraser « Don Quichotte de la Mancha », c’est « l’inaccessible rêve ». Mais est-ce que l’inaccessibilité n’est pas nécessaire à la survie de l’âme humaine ? Construire la société idéale sur terre a toujours été synonyme de catastrophe. Les premiers pas sur la lune ont aussi à peu près correspondu avec l’affaissement du religieux en Occident, avec l’explosion démographique dans le reste du monde, le pillage des richesses non renouvelables, et la déification (ou presque) du principe matérialiste sous toutes ses formes (glorification de l’argent, mesure du bonheur exclusivement ramenée au principe économique, mépris du religieux, peur de la foi et de l’irrationnel, adulation des stars pour la raison qu’elles soient stars…). Aucun doute, ce monde est en quête de religieux. Et si la mélancolie de l’homme (et de la femme) moderne avait beaucoup à voir avec ce sentiment d’isolement croissant dans un monde où l’espace manque de plus en plus, et où le temps a perdu sa langueur ? Parce que la dé-mythification de la lune, n’est-ce pas aussi la révélation ultime ? Nous sommes seuls, abandonnés sur une petite planète dans l’immense cosmos, et notre vie n’a pas de sens. La perte de la lune, c’est la perte du phare qui nous oriente et nous éclaire dans les ténèbres de l’existence. Pour que la vie d’une civilisation retrouve du sens, il faut retrouver la passion pour la lune. Après tout, la lune, ce n’est jamais que ce point d’ancrage réel sur le sacré. Parce que c’est bien l’inaccessible étoile qui fait vivre.

La compilation des « voyages sur la lune »

Nous avons réuni six ouvrages qui nous semblaient essentiels pour rêver, rire et réfléchir. Nous commençons au Deuxième siècle après Jésus-Christ par Histoire véritable de Lucien de Samosate, un voyage imaginaire, parodie cocasse d’Homère. Nous faisons ensuite un saut dans le temps, et nous arrivons au Dix-septième siècle où la multiplicité des découvertes scientifiques et astronomiques qui suivent la Renaissance a des répercussions littéraires. Tout d’abord L’homme dans la lune, de Francis Godwin, traduit par Jean Baudoin en 1648, un ouvrage à la fois fantaisiste, picaresque et annonçant la science-fiction. Suivi par Les Etats et Empires de la lune de Cyrano de Bergerac qui s’en inspire, mais nous livre un ouvrage qui n’a plus grand-chose à voir avec la science-fiction, puisqu’il s’agit du manuel libre-penseur ultime. Sautons jusqu’au Dix-Neuvième siècle, et nous découvrons un nouveau voyage sur la lune, Aventure sans pareille d’un certain Hans Pfaall d’Edgar Allan Poe, traduit par Charles Baudelaire. Suivi quelques décennies plus tard par De la terre à la lune et Autour de la lune de Jules Verne, lequel fait référence entre autres à L’homme dans la lune, traduction de Jean Baudoin qu’il prend pour l’original, à l’ouvrage de Cyrano de Bergerac, à Aventure sans pareille d’un certain Hans Pfaall.

Ainsi, on pourrait presque considérer cette compilation comme un hommage à Jules Verne. Nous aurions pu ajouter le « Somnium » de Kepler, "Les hommes dans la lune" de H.G. Wells. Peut être le ferons-nous une autre fois ?

Le futur dans le temps et l’espace

Pas de civilisation humaine sans de nouveaux espaces à découvrir. Depuis que l’homme a percé le mystère de l’atmosphère pour s’envoler dans les étoiles, la science-fiction a explosé en tant que genre littéraire. Mais l’homme continue à chercher de nouvelles frontières : psychotropes, virtuelles, spatiales, mais aussi terrestres, le fond des océans, le sommet des montagnes…L’espace sur lequel nous vivons continue à se contracter à une vitesse beaucoup plus rapide que nous ne l’imaginons, triple effet de l’explosion démographique, de la transformation de la civilisation en une gigantesque conurbation urbaine entourée d’îlots de dépeuplement, le réchauffement climatique qui conduira inéluctablement à la montée des eaux et la réduction de l’espace habitable. La privation d’espace et la recherche d’espace qui en résulte deviendront l’une des variables essentielles pour appréhender le monde de demain. Au même moment, l’espace qui nous entoure ne cesse de grandir, et le sentiment de l’infinie petitesse et la fragilité de notre humanité privée de Dieux bienveillants continue de s’accroître. Le départ vers d’autres horizons est inéluctable. Plus les conditions de vie urbaine s’éloigneront de la nature, plus les comportements humains se satisferont d’espaces limités, plus les conditions de vie dans l’espace et sur d’autres astres deviendront envisageables. Déjà, les premiers projets de vie sur Mars suscitent un véritable engouement. Ce qui aurait fait rire la plupart il y a vingt ans est maintenant vécu très sérieusement. Nous entrons dans la période réaliste de l’espace, après avoir quitté la période romantique. Et que deviendra la lune dans tout ça ? Si la lune est souvent omise des ouvrages de science-fiction de nos jours, c’est sûrement son manque de familiarité et son manque d’exotisme qui l’expliquent. Mais la lune restera le rêve. Et gageons que la lune sera bientôt le théâtre d’un nouveau genre de science-fiction, là où l’homme pourra projeter d’autres fantasmes, d’autres comportements, d’autres illusions et d’autres espoirs.

© 2014- Les Editions de Londres