L’écrivain navigateur Comte Kerkadek est un mystère. Arrivé sur la scène littéraire avec Pacifico, le premier opuscule de son aventure américaine, nous l’avons vu récemment à Londres et nous lui avons posé quelques questions...

Les Editions de Londres : Bonjour Comte, bienvenue à Londres !

Comte Kerkadek : Bonjour.

Les Editions de Londres : Le grand public ne vous connaît pas. Vous venez de sortir "Pacifico" ; en deux mots, ça parle de quoi ?

Comte Kerkadek : "Pacifico", ça parle de tout et de rien. C’est une recherche absurde sur le sens de la vie. Parce que toute recherche du sens de la vie ne peut être qu’absurde. L’histoire, ce sont deux types qui débarquent dans le Connecticut et trouvent du travail dans une chaîne de restaurants de poulets frits. Ils se rencontrent, ils se complètent, ils s’entendent bien, alors ils vont faire un bout de chemin ensemble. A travers leur regard on découvre une métaphore, plutôt drôle, de la société moderne...Puis, leur vie un peu monotone est chamboulée par une rencontre pas très orthodoxe, celle d’un ancien agent de la CIA alcoolique, qui leur raconte des choses qu’il n’aurait jamais du leur dire.

Les Editions de Londres : C’est à dire ?

Comte Kerkadek : Il leur révèle l’existence de l’apoyotl, la plante qui donne accès à l’Autre Monde.

Les Editions de Londres : L’Autre Monde, c’est quoi ?

Comte Kerkadek : L’Autre Monde...(silence) c’est ce que veut le lecteur. C’est le monde d’après la mort, que l’on soit mort ou pas, en cela, c’est aussi le surréel, l’onirique, la poésie... Enfin, vous verrez en le lisant.

Les Editions de Londres : Vous qualifiez "Pacifico" de "roman vrai" ; qu’est-ce que ça veut dire ?

Comte Kerkadek : Un "roman vrai", c’est un roman faux, c’est faussement inspiré de ma biographie (la mode c’est les biographies romancées il paraît...), de mon histoire américaine, mais c’est surtout une tentative d’écrire autrement. En fait, "Pacifico", c’est un anti-roman.

Les Editions de Londres : En effet, quand on lit votre roman, on se demande : mais qu’est-ce qu’il a contre le roman ?

Comte Kerkadek : Je ne vais pas faire l’historique du roman, mais je crois réellement que le roman aurait pu emprunter d’autres chemins (comme le cinéma d’ailleurs). "Don Quichotte", le premier roman (?), un des mes livres préférés, ça n’a finalement pas grand chose à voir avec ce que l’on appelle "roman" de nos jours. On a l’impression que le roman a évolué parce que notre point de référence, c’est le 19ème siècle. Mais si vous prenez "Don Quichotte", ou "Tristram Shandy", ou encore "Jacques Le Fataliste", ça n’a rien à voir les romans du 19ème siècle ou avec ce que l’on produit de nos jours. Ce qui manque aujourd’hui, c’est un dialogue avec le lecteur. Il manque beaucoup d’autres choses d’ailleurs : du vécu, de l’ironie, de la fantaisie, de l’énergie, de la joie, de la folie même... Dans ce pays, nous sommes obsédés par la structure, les normes, les conventions... Disons qu’avec "Pacifico", j’ai voulu donner un grand coup de pied dans tout ça, sans beaucoup de finesse parfois. "Pacifico", c’est une envie de pétulance.

Les Editions de Londres : Mais vous n’avez pas le sentiment en faisant ça de tromper un peu le lecteur ?

Comte Kerkadek : Pas du tout. Je lui demande au contraire de participer, de me rejoindre dans un monde assez curieux, mais bien plus réel que celui dans lequel nous vivons. J’aime les pamphlets, j’aime les farces, les satires. Je n’aime pas ce monde où tout le monde se prend au sérieux : les intellectuels, les politiques, les religieux, les acteurs, les écrivains, même les comiques se prennent carrément au sérieux... Si je peux apporter un peu d’iconoclastie dans la littérature, je serais content.

Les Editions de Londres : Et la suite ?

Comte Kerkadek : La suite de "Pacifico" ce sera "Atlantido". C’est prévu pour le début ou printemps 2013. Ce sera différent. Plus linéaire que "Pacifico", plus rapide aussi. Si "Pacifico" est un allegro, ce sera un "allegretto". "Atlantido" sera un vrai road-novel, mais vraiment psychédélique. Et il éclairera "Pacifico" d’un autre jour, ce sera un peu le Yang de son Yin si vous me suivez...

Les Editions de Londres : Le Yang de son Yin ? D’accord, je ne sais pas si je vous suis. Et on retrouvera les mêmes personnages ?

Comte Kerkadek : Oui, les principaux. C’est à dire l’auteur et son fidèle disciple le narrateur, sinon il n’y a pas de livre, et puis des nouveaux, et puis on découvrira finalement l’infâme Dr Furtado, il est vraiment infâme, vous verrez, on comprendra pourquoi on l’appelle le Fu Manchu de l’Occident ! Et on comprendra mieux le rôle de l’apoyotl dans toute cette histoire....Rappelez-vous la fin de "Pacifico" : l’apoyotl c’est l’antidote.

Les Editions de Londres : antiroman, antidote...

Comte Kerkadek : (rires)

Les Editions de Londres : Comte, merci beaucoup. Des projets dans l’immédiat ?

Comte Kerkadek : D’ici Noel, un peu de bateau et beaucoup d’écriture. Il faut que je finisse "Atlantido".

Propos recueillis par Les Editions de Londres