Il y a deux jours, je me suis entretenu avec le Comte Kerkadek. Je voulais le faire parler de son nouveau livre, L’homme qui n’aimait pas Paris, mais comme toujours, la conversation a un peu dérapé...

Les Éditions de Londres : Bonjour

Comte Kerkadek : Bonjour

Les Éditions de Londres : Qu’est-ce qui vous préoccupe en ce moment ? A quoi vous pensez ?

Comte Kerkadek : Je dois vous avouer que je passe pas mal de temps à suivre les actualités.

LEDL : TF1, TV Breizh ?

CK : Non, sur Internet.

LEDL : Et ?

CK : Je suis fasciné par cette histoire de MH 370. C’est horrible, évidemment. Mais c’est horrible et fascinant. Ce drame que l’on transforme en feuilleton à suspense, minute par minute, sur toutes les chaînes de télé, tous les journaux, tous les sites, twitter etc.

LEDL : Et c’est quoi, ce qui vous fascine ? ne pas savoir ? Que toute la planète suive la même histoire ?

CK : Non, en tant que romancier, je me pose des questions. Je veux dire : la réalité dépasse vraiment la fiction, ou au moins s’en approche. En gros, est-ce que les news sont en train de tuer la littérature ? Et aussi quel est le rôle de la littérature dans un monde qui n’a plus rien à voir avec celui-ci dans lequel la littérature s’est formée et construite... ?

LEDL : Bon, sortons de cette géographie, que vous connaissez bien, je crois ?

CK : Oui, ce sont des noms qui me sont tous familiers, par mes voyages, et aussi par mes lectures. On parle des îles Andaman vers lesquelles le Boeing se serait dirigé. Salgari a écrit un roman qui se passe dans les îles Andaman, Les naufragés de la Djumna, qui raconte l’histoire d’un naufrage volontaire, de la disparition de tous les passagers, et d’un bateau qui se lance à leur recherche. C’est une autre façon de voir les choses : c’est ici la réalité qui rejoint la fiction. Il est donc grand temps de repenser la littérature, son rôle, son public, ses formes et ses codes, mais je me répète...C’est pour ça que j’aime bien parler d’antiroman.

LEDL : Oui, parlons un peu de votre dernier né, L’homme qui n’aimait pas Paris. Qu’est-ce que c’est ? Une tentative pour trouver une autre littérature ?

CK : Non, pas du tout. C’est un cocktail explosif qui mélange, heureusement ou pas, les genres du roman, de la satire et du pamphlet ; dans cet ordre, ça commence comme un roman d’aventures du 19ème siècle, ça devient une satire, puis cela se termine en pamphlet.

LEDL : Vous n’avez pas peur de déconcerter vos lecteurs ?

CK : Pas du tout. Il y en a qui font ça bien mieux que moi. Les politiciens français, leurs amis les chefs d’entreprise, les banquiers etc.

LEDL : Un peu facile, non ?

CK : Non, vous voyez, si c’est évident, c’est ennuyeux. Donc il faut aller chercher une autre réalité, quitte à abandonner celle qui est vraiment...réelle.

LEDL : Ok, lancer L’homme qui n’aimait pas Paris juste deux mois avant les municipales, ce n’est pas un peu opportuniste ? Et puis, vous n’habitez pas Paris, donc pas d’Hidalgo, de NKM, pour vous ?

CK : J’habite toujours Guimiliau, mais pendant l’été seulement, et je dors sous le Calvaire. D’ailleurs, le Calvaire de Guimiliau, c’est un endroit bien plus intéressant que le fronton de la Mairie.

LEDL : Vous votez où ?

CK : Roscoff, enfin si je votais. Je me présenterai peut être comme Maire un jour. Puis, si je suis élu, je démissionnerai. Peut être que ça ouvrira les yeux de mes contemporains. Mon programme pour Roscoff, je ne sais pas, tiens, fonder son développement économique sur la contrebande. Oui, c’est une bonne idée, je crois. Vous savez que c’est la contrebande qui fit la fortune de Roscoff au début du Dix Neuvième siècle : les marchands anglais établirent tous des entrepôts à Roscoff, et de là, ils envoyaient toutes sortes de produits fortement taxés dans le sud ouest de l’Angleterre. Voilà un beau programme, plein d’avenir et plein d’espoir...

LEDL : Et plein d’embruns aussi.

CK : Oui, les embruns, les Johnnies et les oignons roses AOC, c’est à peu près tout ce qui reste à Roscoff.

LEDL : Laissons le Finistère. Et Paris, vous pensez quoi des Municipales ?

CK : Une téléréalité ennuyeuse. Si vous prenez le programme d’Hidalgo ou celui de NKM, cela coûtera 3 milliards d’euros aux Parisiens. Moi, j’ai un vrai programme à la fin de mon bouquin. Mais c’est marrant : l’autre jour, j’écoutai Hidalgo, la façon dont elle annonçait solennellement que les impôts n’augmenteraient pas pour les Parisiens, ça me faisait penser à mon institutrice dans mon hameau du nord Finistère quand elle disait qu’on n’aurait pas de devoirs pour le week-end. C’est sympa, les politiciens qui parlent encore comme des Directeurs d’école. Enfin, moi, ça ne me fait pas marrer.

LEDL : Et L’homme qui n’aimait pas Paris ?

CK : Une histoire vraie, mais on ne me croit pas. Je fais naufrage, je me réveille sur une plage d’une île du Pacifique Sud, je pars chercher de l’eau dans la jungle, et je découvre la prison des apostats, avec à l’intérieur des types dont le seul délit est d’être en désaccord avec le pouvoir, de gauche comme de droite, et on les envoie là, en catimini. Tout ça a été organisé par le Gouvernement depuis des années. Et c’est connu des journalistes proches du pouvoir.

LEDL : Des noms de ceux qui sont prisonniers là-bas ?

CK : Depardieu, Jean-François Kahn... Et aussi un type avec qui je sympathise et qui lui a un vrai programme pour Paris.

LEDL : Quel programme pour Paris ?

CK : En faire sauter la moitié. Son analyse, c’est que tout fout le camp, parce que les Parisiens ont été lobotomisés par trop de pierre de taille...Donc, il propose de fairer sauter quelques immeubles, histoire de faire réfléchir les gens, de les inciter à sortir de leur prison mentale.

LEDL : Nom de Dieu...

CK : Comme vous le dîtes.

LEDL : Et pour terminer, parce qu’on n’a pas la nuit, vos inspirations littéraires pour cet ouvrage, si différent de Pacifico et d’Atlantido (ça m’a déconcerté au début pour ne rien vous cacher) ?

CK : Tant mieux. Déconcerter, c’est mon métier. Mes inspirations : Modeste proposition de Swift, l’île aux esclaves de Marivaux, Supplément au voyage de Bougainville de Diderot, les Etats et Empires de la lune de Cyrano de Bergerac etc. Mais mon livre n’a rien à voir avec ces ouvrages, qui, eux, sont exceptionnels. Dans mon cas, ce n’est qu’un essai, un ballon sonde, en espérant qu’il aille quelque part.

LEDL : Bon, merci Comte. Bonne chance avec L’homme qui n’aimait pas Paris.

CK : Merci, et bon vent !