« L’Unique et sa propriété » est un essai philosophique de Max Stirner publié en 1844. Pour les libertariens, les anarchistes, les individualistes de tous bords, « L’Unique et sa propriété » est un des ouvrages de référence, voire l’ouvrage fondateur qui pense et conceptualise la nécessité de la liberté de l’individu face au collectif. Mais « L’Unique et sa propriété », c’est avant tout le plus magnifique travail de déconstruction des valeurs morales, sociales, institutionnelles évidentes sur lesquelles notre société moderne est fondée et qu’elle a dangereusement oublié de questionner. C’est aussi le plus bel ouvrage de démolition de l’Etat.

L’Unique et sa propriété, un ouvrage iconoclaste

« L’Unique et sa propriété » s’inscrit à la suite des œuvres philosophiques et politiques qui marquent le Dix-Neuvième siècle et surtout le Dix-Neuvième siècle allemand. L’auteur de « L’Unique et sa propriété » (Der Einzige und sein Eigentum), à la différence des philosophes allemands du Dix-Huitième siècle, regarde la philosophie à travers la philosophie de l’histoire. Hegel est passé par là. Ce qui fait l’originalité de « L’Unique… », c’est que c’est un ouvrage démonstratif, sans être démonstratif. Point de ces structures pesantes, étouffantes, qui façonnent l’opinion du lecteur en utilisant la structure, la logique, la linéarité du raisonnement infaillible, construisant ainsi une soi-disant objectivité qui dissimule une opinion aussi tranchée que la hache. Pas de ces artifices dans « L’Unique… » : l’opinion de Stirner est extrême, mais elle est honnête. Il donne son point de vue sans chercher à obtenir le consentement. Ainsi, si ce n’était un ouvrage philosophique, si certaines des pages n’étaient si ardues, si le style en était un plus léger, ce serait probablement un pamphlet. D’abord, pour ceux qui le cherchent, il y a de l’humour dans « L’Unique… », un humour qui peut sembler bien caché, mais des petites piques, des petites attaques personnelles, contre Hegel, Feuerbach, Proudhon…, quelques jeux de mots, quelques pirouettes. Il y a un côté primesautier dans « L’Unique… » qui n’apparaîtra pas forcément à la première lecture. Parce que Stirner est un gai triste. Un pessimiste amusé. Il n’a aucune vélléité de refaire le monde, il ne cherche qu’à en démonter les fondements. Stirner ne s’écoute pas trop parler. Son ouvrage est une mise au point sur deux ou trois millénaires de tyrannie sociale consentie...

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