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Les États et Empires du soleil

par Savinien Cyrano de Bergerac

Prix : 0,99 €
ISBN : 978-1-909782-87-7
Nombre de pages : 88 pages
Langue du livre : français

Thème : Romans

« Les États et Empires du soleil » est la suite de Les Etats et Empires de la Lune de Cyrano de Bergerac. Publiés en 1657, les deux romans sont souvent réunis sous le titre de « L'Autre Monde ». A la fois œuvre de science-fiction avant la lettre, manifeste du Libre-Penseur, voyage initiatique, conte philosophique, « L'Autre Monde » est une des œuvres les plus originales de la littérature française. Parfois moins apprécié que Les Etats et Empires de la lune, « Les Etats et Empires du soleil » nous semble tout aussi intéressant.

Résumé

Je ou Dyrcona est de retour en France après son voyage sur la lune. Il se repose auprès de son ami Colignac, qui habite près de Toulouse : « Je brûlais de le revoir, pour la joie que j'espérais lui causer, au récit de mes aventures. » Le problème, c'est que les intolérants qui sévissent à Toulouse (voir Voltaire, et le Traité sur la tolérance) n'aiment pas du tout le récit de ses aventures lunaires ; on l'arrête. Il s'évade, on le poursuit, et il est à nouveau emprisonné. Dans sa prison, il construit une machine volante : « Huit jours durant, je charpentai, je rabotai, je collai, enfin je construisis la machine que je vous vais décrire. ». C'est une machine volante qui va utiliser les rayons du soleil afin de se propulser : « Le vase était construit exprès à plusieurs angles, et en forme d'isocaèdre, afin que chaque facette étant convexe et concave, ma boule produisit l'effet d'un miroir ardent ». Commence une longue ascension qui le conduit vers le soleil. Il finit par se poser et rencontre un petit bonhomme avec lequel il commence une conversation dans une langue inintelligible mais qu'il comprend. Puis il repart : « La sphère de notre monde ne me paraissait plus qu'un astre à peu près de la grandeur que nous paraît la Lune ; encore il s'étrécissait à mesure que je montais, jusqu'à devenir une étoile, puis une bluette, puis plus rien, d'autant que ce point lumineux s'aiguisa si fort pour s'égaler à celui qui termine le dernier rayon de ma vue, qu'enfin elle le laissa s'unir à la couleur des cieux. » ; il s'approche encore davantage du soleil jusqu'à en devenir transparent avec sa machine. Il tombe sur le soleil, se réveille sous un arbre chargé de perles au dessus duquel chante un rossignol. Mais l'arbre se décompose en de multiples parties, lesquelles forment un corps humain. Puis Dyrcona fait la connaissance d'un phénix, lequel le conduit au pays des oiseaux. Là, il est aussitôt jugé et condamné parce qu'il est humain. Mais il échappe à son châtiment, est libéré, et fait la connaissance de Campanella. Puis il rencontre Descartes, mais le livre s'achève.

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L'écriture de Cyrano

Plus que Les Etats et Empires de la lune, « Les Etats et Empires du soleil » sont précurseurs de certaines des pages de Jules Verne, et surtout celles de ses romans sur la lune, De la terre à la lune et Autour de la lune. Voyez plutôt : « De temps en temps je regardais en haut pour admirer la vivacité des nuances qui rayonnaient dans mon petit dôme de cristal... », puis « Un tourbillon de fumée fort épaisse et quasi palpable suffoqua mon verre de ténèbres... », et « Enfin après avoir heurté mille fois sans la voir, la voûte, le plancher, et les murs de ma chaise, je connus que par une secrète nécessité de la lumière dans sa source, nous étions ma cabane et moi devenus transparents. ». Décidemment, Cyrano est un grand écrivain.

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Le royaume des oiseaux

Le long passage du royaume des oiseaux, « Quand donc les oiseaux sont arrivés au Soleil, ils vont joindre la république de leur espèce....C'est moi que parmi vous on appelle phénix. Dans chaque monde il n'y en a qu'un à la fois, lequel y habite durant l'espace de cent ans ; car au bout d'un siècle, quand sur quelque montagne d'Arabie il s'est déchargé d'un gros œuf au milieu des charbons de son bûcher, dont il a pris la matière de rameaux d'aloès, de cannelle, et d'encens, ils prend son essor, et dresse sa volée au Soleil, comme la patrie où son cœur a longuement aspiré. » On ne peut que penser aux Oiseaux d'Aristophane.

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La critique politique

Si elle apparaît déjà dans Les Etats et Empires de la lune, elle est plus présente dans « Les Etats et Empires du soleil » ; par exemple, au cours du passage sur le royaume des oiseaux: « C'est une imagination de vous autres hommes qui, à cause que vous laissez commander aux plus grands, aux plus forts et aux plus cruels de vos compagnons, avez sottement cru, jugeant de toutes choses par vous, que l'aigle nous devait commander. Mais notre politique est bien autre ; car nous ne choisissons pour nos rois que les plus faibles, les plus doux, et les plus pacifiques ; encore les changeons-nous tous les six mois, et nous les prenons faibles, afin que le moindre à qui ils auraient fait quelque tort, se pût venger de lui. Nous le choisissons doux, afin qu'il ne haïsse ni ne se fasse haïr de personne, et nous voulons qu'il soit d'une humeur pacifique, pour éviter la guerre, le canal de toutes les injustices. ».

Mais, alors que dire de ces lignes magnifiques qui suivent quelques pages plus loin ? « Encore est-ce un droit imaginaire que cet empire dont ils se flattent ; ils sont au contraire si enclins à la servitude, que de peur de manquer à servir ils se vendent les uns aux autres leur liberté. C'est ainsi que les jeunes sont esclaves des vieux, les pauvres des riches, les paysans des gentilhommes, les princes des monarques, et les monarques mêmes des lois qu'ils ont établies. Mais avec tout cela ces pauvres serfs ont si peur de manquer de maîtres que, comme s'ils appréhendaient que la liberté ne leur vînt de quelque endroit non attendu, ils se forgent des dieux de toutes parts, dans l'eau, dans l'air, dans le feu, sous la terre ; ils en feront plutôt de bois, qu'ils n'en aient, et je crois même qu'ils se chatouillent des fausses espérances de l'immortalité, moins par l'horreur dont le non-être les effraye, que par la crainte qu'ils ont de n'avoir pas qui leur commande après la mort. ». Cyrano s'est-il inspiré de La Boétie et du Discours de la servitude volontaire ?

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La modernité de Cyrano

Ce qui frappe, ce ne sont pas seulement les pages précédentes, mais aussi la modernité de la perspective de Cyrano sur la vie humaine. Si Les États et Empires de la lune sont un roman de la déconstruction puis de la reconstruction par l'approche scientifique, visant à remettre en question la plupart des idées de son temps, en voie de transformation accélérée de par les avancées de la science, de l'astronomie, de la physique etc. , « Les Etats et Empires du soleil » se rapproche beaucoup plus du conte philosophique, qui vise à projeter le voyageur ou narrateur dans des mondes suffisamment éloignés pour que, la distance aidant, les vérités les plus lucides soient assénées à l'encontre du monde que le narrateur vient de quitter. Ainsi, cette réflexion sur la mort, toujours dans ce fameux passage des oiseaux : « La mort, me dirent-ils (me mettant le bec à l'oreille), n'est pas sans doute un grand mal, puisque Nature notre bonne mère y assujettit tous ses enfants ; et ce ne doit pas être une affaire de grande conséquence, puisqu'elle arrive à tout moment, et pour si peu de chose ; car si la vie était excellente, il ne serait pas en notre pouvoir de ne la point donner ; ou si la mort traînait après soi des suites de l'importance que tu te fais accroire, il ne serait pas en notre pouvoir de la donner... » et « Et puis, dis-moi, celui qui n'est pas né n'est pas malheureux. Or tu vas être comme celui qui n'est pas né ; un clin d'œil après la vie, tu seras ce que tu étais un clin d'œil devant, et ce clin d'œil passé, tu seras mort d'aussi longtemps que celui qui mourut il y a mille siècles. Mais en tous cas, supposé que la vie soit un bien, le même rencontre parmi l'infinité du temps a pu faire que tu sois, ne peut-il pas faire que tu sois encore un autre coup ? », et enfin « Oui ; mais, me diras-tu, je ne me souviendrai pas d'avoir été ? Hé ! mon cher frère, que t'importe, pourvu que tu te sentes être ? Et puis ne se peut-il pas faire que pour te consoler de la perte de ta vie, tu imagineras les mêmes raisons que je te représente maintenant ? »

© 2014- Les Editions de Londres

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