Préface

Insoumission est-il un pied de nez au livre de Michel Houellebecq, Soumission, publié il y a quelques semaines, et dont la simultanéité avec les attentats sanguinaires contre Charlie hebdo a poussé l’auteur à fuir Paris ? Pas vraiment. Le roman polémique de Houellebecq – pléonasme ? – se veut être un récit d’anticipation, alors que celui d’Olivier Chapuis s’inscrit dans le plus pur style du roman noir. Le premier dépeint un monde qui pourrait être celui de demain, tandis que le second dresse le portrait (pas forcément reluisant il est vrai) du monde aujourd’hui. Intéressons-nous justement à celui-ci. Nous pouvons pour ce faire reprendre quelques-uns des ingrédients du cocktail de la quatrième de couverture :

« Dans un grand shaker, versez généreusement jalousie, profit, infidélité, chantage, prostitution, déception, addiction et tromperie. Remuez férocement. Dégustez de préférence au bar clandestin d’un hôtel de luxe. »

Nul besoin d’un gros effort d’imagination pour ancrer cela dans notre réel et dans notre histoire. Dans le procès du Carlton de Lille qui s’est tenu récemment, plusieurs des ingrédients de ce roman étaient présents : infidélité, prostitution, addiction, tromperie. Et nul doute que le profit n’était pas loin.

Et pendant que, dans le même temps ou presque, certains intellectuels se mobilisent pour défendre le droit d’exercer le plus vieux métier du monde en France (ou peut-être plus probablement celui d’être client), il n’en est pas moins vrai que la « Traite des Blanches » n’est pas un fantasme, si vous me permettez l’expression : des femmes se retrouvent dans des réseaux de prostitution contre leur gré, et en retire encore moins un avantage financier à la hauteur du sacrifice consenti. Difficile de nier cela. 

Pourtant, il est incroyable de constater deux choses : d’une part à quel point il semble impossible d’avoir une idée précise de l’état de la prostitution dans le monde à un instant T (les chiffres n’étant souvent que des approximations fantaisistes), et d’autre part que la « Traite des Blanches » fait naître les théories les plus originales (voir par exemple la Rumeur d’Orléans). Elle peut être également un argument pour quantité de haineux en tous genres, dans certains cas diamétralement opposés : une fois la « Traite des Blanches » relève de la responsabilité des musulmans, une autre fois de celle des juifs, encore une autre fois de celle de mafias des pays de l’Est.

Et si elle était aussi du fait de monsieur Tout-le-Monde, ou presque ? Des enquêtes ont démontré que des personnes de toutes origines sociales et de toutes activités (médecins, artisans, etc.) étaient impliquées dans ces trafics.

Dans Insoumission, nous explorons en quelque sorte les différents étages de la fusée, et plus particulièrement ceux d’en haut, celui des têtes pensantes, qui mettent en place ces réseaux et les dirigent d’une main de fer, d’autant plus facilement qu’ils n’ont bien souvent qu’une connexion indirecte avec ce qui s’apparente généralement plus à du bétail qu’à des êtres humains.

Humains. C’est justement ainsi qu’Olivier Chapuis les représente. Avec des petits problèmes très ordinaires – jalousie, recherche du profit, œillères – qui rendent le rapport à l’activité qu’ils exercent encore plus… inhumain.

L’horreur est aussi présente dans « l’effet papillon », qui est un peu le fil rouge du roman : une suite d’événements, d’hésitations, de décisions apparemment sans relations, mais qui permet au business de continuer. Bien caché. Insoumis.

INSOUMISSION